
La visite annuelle 2010 de suivi de la notation extra financière attribuée par Arcet Notation à la ville du Havre en 2009 a conduit les responsables de l’agence à analyser les évolutions observables dans les politiques publiques municipales depuis la production du rapport d’évaluation parmi lesquelles :
- La mise en œuvre du 2ème Agenda 21 local,
- La Gouvernance (Coopération institutionnelle CODAH/Ville et Quadripartite, exercice de la maîtrise d’ouvrage publique par la ville et les opérateurs immobiliers)
- La lutte contre le changement climatique (Bilan Carbone et diagnostic des bâtiments municipaux)
- Les déplacements (opération de réalisation du tramway)
- La politique de requalification urbaine
La mise en œuvre des recommandations contenues dans l’expertise d’Arcet Notation et l’analyse des enjeux de gestion nouveaux au regard des principes et normes de développement durable ont également été observés.
► Agenda 21 :
Le second programme d’actions de l’agenda 21 de la ville permet plus efficacement que le précédent de faire évoluer les politiques publiques municipales afin d’y intégrer des normes de développement durable. Le 1er programme d’actions de l’agenda 21 avait permis une prise de conscience des enjeux. Conçu comme un outil de sensibilisation, il avait offert la faculté, pour chacun des collaborateurs de la mairie, de participer au mouvement engagé, mais sur des objectifs « légers », créant une dynamique autour de la démarche de construction d’une stratégie de développement durable, mais le sillon creusé restait peu profond. Le 2ème programme d’actions favorise nettement la prise en compte dans les politiques publiques des dispositions législatives et réglementaires les plus récentes, notamment celles issues des lois Grenelle I et II, constituant en cela un outil d’accompagnement de leur mise en œuvre à l’échelle locale.
► La Gouvernance (Coopération institutionnelle CODAH/Ville et Quadripartite, exercice de la maîtrise d’ouvrage publique par la ville et les opérateurs immobiliers)
Coopération institutionnelle :
A/ CODAH/Ville :
Si la CODAH n’est pas encore dotée d’un programme d’actions DD propre, celle-ci s’est engagée dans un processus d’élaboration d’un plan climat territorial. On observe un nombre croissant d’actions sur lesquelles la ville travaille en coopération avec l’EPCI, par exemple le projet de redevance spéciale applicable aux plus gros producteurs de déchets. La ville apparaît directement intéressée, un tel dispositif fiscal ayant pour vocation d’inciter à une réduction tendancielle du volume des déchets produits. Les directions de l’administration municipale ont été mobilisées par leur hiérarchie sur l’objectif de réduction de la production des déchets par les services municipaux et un cabinet privé retenu pour étudier des solutions techniques de réduction des déchets.
Une réflexion est par exemple aussi menée par la direction municipale en charge de la gestion du parc automobile sur l’équipement de celui-ci en véhicules électriques (analyse de coût) dans le cadre d’une étude partagée Ville/Agglomération.
Certaines directions de la ville et de la CODAH (affaires juridiques, parc auto, direction de la stratégie immobilière) sont conjointes. La ville aurait souhaité étendre cette unité de structures administratives au domaine de l’habitat afin de créer une direction de l’habitat conjointe, mais l’agglomération a décliné cette proposition, en l’absence de consensus interne aux communes membres de la communauté d’agglomération.
B/ Conférence quadripartite
La « quadripartite » est une instance fonctionnelle et productive d’arbitrages. Elle a beaucoup travaillé sur le dossier du Grand Paris, la stratégie de place portuaire de la ville étant en jeu. L’agence d’urbanisme s’est vue confier l’étude de la dimension havraise du projet de Grand Paris. L’accroissement de la part des transports fluviaux et ferroviaires constitue un des enjeux-clef de développement durable au Havre. Un colloque a été organisé en mai sur ces thématiques. Le lancement d’un chantier de plate forme multimodale est avancé (études).
La question du périmètre des zones destinées au développement est à l’étude, l’actualisation de la Directive Territoriale d’Aménagement (DTA) par voie législative (extension à l’Estuaire) semblant inéluctable.
Si le calendrier d’action sur l’application de la démarche dite du Grand Paris n’est pas encore fixé, la nomination d’un chargé de mission auprès du Ministre en charge de ces questions de développement de l’axe Seine traduit une volonté gouvernementale.
Les mois à venir seront décisifs car le choix ferroviaire devrait être fait en2012, après la tenue d’un débat public lancé en 2011 sur le tracé de la LGV dont le haut fonctionnaire Jean-Pierre DUPORT s’est vu confier la préparation.
Exercice de la maîtrise d’ouvrage publique par la ville et les opérateurs immobiliers
Dans les politiques de construction et d’habitat, la norme BBC devient désormais un objectif central. Un nouveau programme conduit les services municipaux à intégrer cette exigence aux maîtrises d’ouvrage qu’ils ont à exercer. Ce programme a été lancé en février 2010 et une réunion de direction générale s’est tenue en septembre 2010 pour faire le bilan de sa mise en œuvre, un tableau de bord de suivi des actions étant en cours d’élaboration en vue de sa mise en service en 2011.
La ville a fait le choix la formule du dialogue compétitif pour permettre de juger des performances environnementales, s’agissant de la construction du bâtiment accueillant les services techniques. L’un des objectifs du dialogue compétitif est en effet d’amener les entreprises à constituer des équipes intégrant un partenaire énergétique.
► La lutte contre le changement climatique (Bilan Carbone et diagnostic des bâtiments municipaux)
Les comportements professionnels ont évolué significativement : le bilan carbone « patrimoine et services » réalisé par la ville a été un révélateur, une prise de conscience de la nécessité de réduire les émissions étant clairement décelable dans les services municipaux. Le diagnostic des bâtiments, consécutif au bilan Carbone, est engagé. Ce diagnostic a débuté par l’expertise des principaux bâtiments mais un million de m2 de bâtiments seront à terme évalués, traduisant une volonté communale appréciable de systématisation de cette démarche. Le processus d’amélioration de la performance énergétique des bâtiments constitue un enjeu de rationalisation financière conséquent pour la ville.
La prise de conscience au sein de l’encadrement supérieur et intermédiaire municipal du caractère central de la dimension énergétique des projets est désormais centrale dans la mise en œuvre des politiques publiques et du financement de celles-ci par l’impôt. L’administration municipale a en effet inscrit depuis plusieurs années son action dans le cadre, contraint, de réduction annuelle de 3 % de ses dépenses de fonctionnement, ce – 3 % par an étant calculé hors fluides.
► Les déplacements (opération de réalisation du tramway)
La ville du Havre est très impliquée dans la réalisation de ce projet. La ville a conservé les compétences de gestion d’espaces publics et les aménagements seront donc remis dès leur livraison par la CODAH à la ville. La définition des périmètres respectifs d’intervention de la CODAH et de la ville a pu être réalisée en amont (la ville gère la rénovation de certains espaces : place de l’hôtel de ville, la plage, etc.). La ville a prévu de consacrer 32 millions d’euros pour des aménagements connexes à la réalisation de la ligne de tramway.
Par ailleurs la ville a institué une instance de pilotage et suivi de l’opération dirigée par un directeur général adjoint des services.
Si l’on observe l’existence de deux comités de pilotage (ville et CODAH), les services des 2 structures sont néanmoins représentés au sein de chacun d’entre eux, permettant une harmonisation des actions.
La fonction communication est quant à elle unifiée puisqu’elle a été confiée au directeur de cabinet du maire qui est aussi celui du Président de la Communauté d’Agglomération. L’interface avec les habitants et futurs usagers du TCSP est donc unique. Enfin, le maire étant président de la CODAH, il coordonne l’activité des 2 institutions.
► La mise en œuvre des recommandations contenues dans l’expertise d’Arcet Notation :
Les indicateurs produits par l’agence de notation sont actualisés une fois par an par les services de la ville. La quasi-totalité des recommandations d’Arcet Notation a été intégrée au programme d’actions.
Le tableau de bord de l’agenda 21 reprend les actions une à une et fixe des outils d’évaluation par action.
Parmi celles-ci, on notera qu’un code municipal de l’environnement est en cours d’élaboration, qui devrait permettre, lorsqu’il sera achevé, de donner une meilleure visibilité aux agents municipaux comme aux citoyens sur la réglementation municipale sur l’environnement applicable sur le territoire havrais.
► La politique de requalification urbaine :
La mise en œuvre des conventions ANRU dans les quartiers Nord se déroule à un rythme manifestement inégal suivant les bailleurs, mais l’enjeu principal sera le volet social d’accompagnement des projets, destiné à garantir la durabilité de la requalification : la mobilisation des élus et services municipaux (appui à la parentalité notamment) est perceptible. La ville envisage par ailleurs de redéfinir les périmètres d’intervention respectifs de la ville et des associations, partenaires essentielles mais auxquelles la puissance publique ne saurait confier par délégation l’exclusivité d’exercice de la fonction de régulation sociale dans les quartiers.
La ville a entrepris avec l’ANRU l’engagement d’un programme de requalification de certains secteurs du centre ancien où sont observés des indicateurs de pauvreté assez tangibles. Le tramway offre l’opportunité de faciliter cette rénovation urbaine, qui nécessitera également un accompagnement social conséquent.
Une dizaine de villes dont Le Havre a profité du dispositif qui mobilise de nombreux partenaires parmi lesquels l’ANAH, l’ANRU, un FISAC, etc. Au total, une trentaine de millions d’euros seront mobilisés pour ce projet PNRQAD (programme national de réhabilitation des quartiers anciens dégradés), qui est conduit avec une démarche environnementale pilote conçue par l’ADEME. (Approche environnementale de l’urbanisme).
La ville va également engager le processus de requalification de certains îlots non intégrés aux opérations en périmètre ANRU. (Ex : l’îlot Paul Boucher où la ville va procéder à une opération massive de déconstruction, avec le bailleur social de la ville. L’agence Arcet Notation relève que la conception de l’opération Paul Boucher a été menée dans des conditions de délais très satisfaisantes.
Enfin, les analystes-consultants d’Arcet Notation relèvent que la ville a signé avec l’ADEME un contrat de dépollution des zones foncières vouées à l’aménagement par la ville. La ville réalise sous sa maîtrise d’ouvrage ces opérations que l’ADEME cofinance. Il s’agit d’un des plus importants contrats signés par l’ADEME à ce jour.
Conclusion
On retrouve parmi les 107 actions inscrites dans le 2ème programme d’actions de l’Agenda 21 de la Ville du Havre la quasi-totalité des recommandations formulées par Arcet Notation à la suite de l’évaluation des politiques publiques de la commune réalisée en 2009.
Les mécanismes instaurés à l’initiative de la direction générale des services pour contrôler l’exécution des fiches actions de ce second programme d’action traduit la volonté municipale de veiller à la bonne intégration de normes de développement durable aux politiques publiques communales. Ils manifestent une évolution des modes de management très positive.
Cette intégration de normes est mise au service d’une démarche globale de rationalisation de la dépense publique, notamment par une meilleure maîtrise des coûts d’exploitation des services et bâtiments publics.
Le renforcement des coopérations institutionnelles, déjà satisfaisantes lors de la production du rapport d’évaluation, est l’expression d’une stratégie de gouvernance partagée favorisant la prise en compte d’objectifs de développement durable.
Le lancement, par l’établissement public hospitalier, d’une évaluation de ses politiques publiques au regard d’indicateurs de développement durable, en cours, laisse présager une association de cet acteur public, jusque-là absent, à la démarche, voulue par la Quadripartite, de développement territorial de la ville et de l’agglomération havraise dans le respect des principes de développement durable.
L’attribution à la ville du Havre par l’agence du coefficient d’évolution + + (L’entité dispose des capacités de faire évoluer significativement sa performance à long terme) de la note A qui lui a été dévolue, est confirmée, à l’issue de la visite de suivi annuelle effectuée par Arcet Notation.